Armand Bedu, précurseur du renouveau de La Borne.

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Les prospectus touristiques de Bourges ignorent le plus souvent l’existence du bas-relief monumental, œuvre commune du sculpteur berruyer Émile Popineau et de Armand Bedu, céramiste-potier de La Borne, réalisée en 1948. Cette œuvre qui célèbre la résistance des bituriges lors du siège d’Avaricum est reléguée dans le hall de l'ancienne Mairie, coincée contre un escalier qui empêche le recul pour en voir l’ensemble (la municipalité de Bourges saura-t-elle un jour mettre en valeur cet élément du patrimoine ?).
Cette vigoureuse réalisation qui s'efforce vaillamment de résister à l’oubli résume un peu Armand Bedu (1891-1966). En effet, bien que méconnu, il est l’un des premiers acteurs du renouveau de La Borne. Sa vie résume l’entrée de La Borne dans le vingtième siècle.

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Né en 1891 dans une famille de potiers dont l’origine remonte au dix septième siècle, Armand Bedu commence son apprentissage à quinze ans sur le tour à bâton de son grand-père, François Guillepain (le même Guillepain qui réalise un saloir de six cent litres pour l’Exposition Universelle de 1889 - actuellement au Musée du Berry). Le jeune Bedu a de qui tenir ! 

Après son apprentissage, réformé pour sa mauvaise vue, il est “affecté spécial” dans des usines lyonnaises et suit les cours de l’école technique La Martinière à Lyon. C’est là qu’il découvre les faïences perses, les porcelaines flammées chinoises et les grès japonais. Une admiration pour l'art d'Extrême-Orient qui durera toute sa vie et animera ses recherches.

Refusant un avenir tout tracé de technicien dans une usine de faïence de Digoin, Armand Bedu préfère s’installer à La Borne, et en 1919 il reprend la fabrique de Jacques Talbot. C’est un esprit entreprenant : il est le premier potier qui emploie un tour électrique au lieu du tour â bâton, il installe également un malaxeur dans son atelier et allie le charbon au bois dans ses cuissons, il emploie plusieurs ouvriers.

L’activité de ce novateur, ses créations, ses recherches, qui se déroulent entre les deux guerres, font la transition entre la poterie traditionnelle et le début de la céramique contemporaine. Il crée des formes nouvelles inspirées de l’art moderne, des grés décoratifs, des éléments architecturaux, les vasques à fleurs du jardin des Prés Fichaux (1929), il recherche de nouvelles terres, émaux et engobes. Il collabore avec François Guillaume qui fait tourner et cuire les modèles destinés à son magasin de vente de Bourges pendant les années 1935 à 1940. Il obtient une médaille d’argent lors de l’exposition internationale des arts appliqués à la vie moderne à Paris en 1937.

Pendant de nombreuses années et jusqu’à la guerre de 1940, Armand Bedu apporte son savoir et son enthousiasme à l’enseignement à l'école des Beaux-Arts de Bourges. 

C’est sans doute en prolongement de cette activité qu’il accueille et forme de jeunes artistes à La Borne en collaboration avec François Guillaume pendant l’occupation allemande. C’est ainsi qu’en 1941, il apprend le tournage et la poterie au jeune sculpteur Jean Lerat, ainsi qu’à André Rozay (en 1943), et Jacqueline Bouvet (qui épousera Jean Lerat en 1945). En 1942, le céramiste renommé Paul Beyer s’installe à La Borne. L’atelier du vieux maître, de santé fragile, est tout près de celui d’Armand Bedu. Bedu participe à l’aménagement de l’atelier et à la construction du four (conçu par les techniciens de Sèvres), se charge du tournage des grosses pièces dessinées par Paul Beyer et assure les cuissons, il prépare la terre et fend le bois….

En 1946, se trouvant limité par les possibilités de son four (le four couché de la famille Talbot-Senée, dit “le grand four”), il en fait construire un autre, de type Sèvres à deux alandiers, qui lui permet de développer sa recherche d’émaux. Il élargit la gamme des grès flammés, il produit des céladons, des bleu-turquoise, des rouges “sang de bœuf”… On lui doit aussi un mur décoratif de la Cafétéria de la Maison de la culture, disparu avec la démolition des salles *. Mais son atelier est l’un des derniers ateliers traditionnels de La Borne en activité en 1950. Un atelier qui poursuivra son travail avec son fils Raymond jusqu’en 1966.

Dernière récompense d’une belle carrière, Armand Bedu reçoit le titre de Chevalier de l’Ordre du Mérite artisanal en 1952. Étienne Guillaume conserve l’image de cet espèce de "géant des Flandres", un peu bedonnant, portant lunettes et coiffé d’une éternelle casquette. C’est bien ce à quoi il ressemble, à gauche sur cette rare photo, où il converse avec André Rozay.

>  Illustrations de haut en bas. Armand Bedu (à gauche) avec André Rozay. La “boutique” d’Armand Bedu, Le petit chemin, à La Borne d’en bas en 1943. Portrait d’Armand Bedu par André Rozay.

> Sources : Pionniers de la céramique moderne La Borne - Éditions des musées de Bourges. La Céramique Moderne No 317 septembre 1988, Alain-Alexandre Fedorkow.

> Lire dans gilblog : Le siège d’Avaricum. Bas-relief du sculpteur berruyer Émile Popineau et de Armand Bedu. >>> Lien
Avec François et Étienne Guillaume chez Armand Bedu. >>> Lien.

* Information que vient de me donner Claudine Monchaussé.

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