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Nouvelles de Fukushima (3). Juillet 2012.

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Chose étonnante qui n'a pas échappé votre attention, on a quasiment pas parlé du nucléaire durant les deux campagnes électorales et pas plus depuis que nous avons un nouveau Président de la République et de nouveaux députés. Et comme d'habitude les médias ne nous ont pas livré d'informations sur ce qui se passe au Japon à Fukushima. Chut. Pendant ce temps les radiations vont leur petit bonhomme de chemin, des personnalités s'expriment, les japonais souffrent et manifestent, et malgré les travaux, la situation de la centrale ne semble pas s'améliorer. Le Japon a connu plusieurs tremblements de terre depuis l'an dernier (et récemment un typhon), un autre séisme est toujours possible et compte tenu de l'état de la centrale de Fukushima le risque d'un nouvel accident encore plus grave pèse sur le Japon et sur le monde.

> Le bâtiment réacteur numéro 4 de la centrale de Fukushima Daiichi a subi le terrible séisme du 11 mars et les violentes explosions du 15 mars 2011, sa structure est énormément affaiblie. La stabilité du bâtiment est menacée et la piscine de désactivation de cette unité, perchée à trente mètres de hauteur, pourrait en cas de séisme s’effondrer avec le bâtiment, ou se vider de son eau à cause des fissures. Mais les médias ne voulaient pas vous inquiéter....

Cette piscine contient mille cinq cent trente cinq assemblages de combustible (deux cent soixante quatre tonnes), c'est à dire de près de dix fois la quantité de césium 137 relâché par Tchernobyl ! Si l'eau s'échappe, le combustible n’étant plus refroidi s’échauffera, se dégradera, et provoquera un incendie dispersant la radioactivité dans l’atmosphère. Or le système de refroidissement de cette piscine n’a pas d’installation de secours et tombe régulièrement en panne... 

Scénario catastrophe inventé par un journaliste en quête de sensationnel ? Il ne semble pas.

Hiroaki Koide, de l’Institut de Recherche Nucléaire Universitaire de Kyoto, est particulièrement inquiet "Si la piscine devait s’effondrer à cause d’un nouveau gros séisme, les émissions de matière radioactives seraient énormes : une estimation prudente donne une radioactivité équivalente à cinq mille fois la bombe nucléaire d’Hiroshima". 

L'état de la piscine est donc extrêmement inquiétant, mais Tepco (la société japonaise opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima, équivalent d'EdF) nie le risque et annonce que le déplacement des barres de combustible du réacteur numéro 4 sera fait dès que possible, mais pas avant 2014. Selon le sénateur américain Ron Wyden (du comité pour l'énergie du Sénat étatsunien), il faudra en réalité dix ans pour enlever toutes les barres de combustible, c'est à dire dix ans de risques. 

Pour Masashi Goto, ex-ingénieur japonais chez Toshiba, expert en conception de centrales nucléaires résistantes aux séismes : " Même si les murs existent, il n’y a pas de manière simple d’en connaître la stabilité. A quel point la stabilité a-t-elle été compromise par la haute température de l’incendie ? Il est essentiel d’avoir toutes les données quand vous travaillez sur un calcul structurel. Mais les ingénieurs de Tepco n’ont jamais publié une donnée que quelqu’un de l’extérieur pourrait utiliser pour vérifier leurs conclusions."

Arnie Gundersen, expert nucléaire étatsunien : "Je pense que les dommages à la structure de l’unité 4 sont si importants que, si un séisme de magnitude 7,5 se produit, le réacteur n’y résistera pas."

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Pour Mitsuhei Murata, ancien ambassadeur du Japon : "Si la piscine numéro 4 s’effondrait, non seulement les six réacteurs de la centrale devraient être arrêtés, mais cela affecterait aussi la piscine de stockage commune (complémentaire aux piscines propres à chaque réacteur) qui contient six mille trois cent soixante quinze assemblages combustibles, située à cinquante mètres du réacteur numéro 4. Cela provoquerait une catastrophe mondiale sans précédent."

L’effondrement de la structure de la piscine de l’unité numéro 4 provoquerait l’abandon de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi qui contient près de deux mille cinq cents tonnes de combustible nucléaire, correspondant à une radiotoxicité quatre vingt dix fois supérieure à celle de Tchernobyl. En cas d’incendie des assemblages d’uranium et de plutonium, il ne serait plus possible pour les hommes d’intervenir sur le site tant la radioactivité serait élevée. Certains évoquent l'évacuation des populations d'une vaste zone et estiment qu’environ quarante millions de japonais seraient en danger d’empoisonnement radioactif. De nombreuses villes de l’est du Japon, y compris Tokyo, pourraient être évacuées pour éviter le danger des radiations. Je vous épargne les points d'exclamation.

> Le 16 avril dernier, la société Tepco se déclarait "désolée" d’avoir dû rejeter dans l’océan onze mille cinq cent tonnes d’eau hautement radioactive (qui faisaient suite aux précédents rejets) !

Des échantillons d’eau de mer prélevés aux abords de la centrale ont révélé des taux de césium à un niveau dix huit mille fois supérieurs à la norme. Dans la baie de Tokyo, c'est à dire à deux cent trente kilomètres de la centrale de Fukushima, on a découvert une augmentation du taux de césium de 70%.

Les courants du Kuroshio, qui tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, sont parmi les plus puissants du monde. La moitié de l'eau de mer présente dans un rayon de cinquante kilomètres autour de la centrale de Fukushima est renouvelée tous les sept jours. La dispersion naturelle est donc considérable. "Dans la semaine qui a suivi les premières fuites, on a mesuré en mer, à trois cent mètres mètres de la centrale, des concentrations de trente mille  becquerels par litre (la radioactivité naturelle de l'eau de mer est de dix becquerels par litre). On n'avait jamais vu ça", déclare Pascal Bailly du Bois, de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.

La radioactivité issue de Fukushima a rejoint la côte ouest des Etats-Unis, le phénomène a été mesuré sur des thons rouges selon les auteurs d'une étude américaine publiée mardi 29 mai par la revue en ligne "Proceedings of the national academy of sciences". Ces chercheurs ont trouvé des "niveaux modérément élevés" de deux isotopes radioactifs dans quinze thons rouges pêchés au large de San Diego (Californie)  indique l'étude.

>  Comme tous les vendredis maintenant, une nouvelle manifestation devant la résidence du premier ministre s'est tenue le 6 juillet à Tokyo. Le slogan est toujours le même "saïkadô hantaï" "non au redémarrage" (des centrales nucléaires). Les organisateurs annoncent la participation de cent cinquante mille personnes malgré la pluie. La semaine précédente, avec dix sept mille personnes selon la police, le premier ministre se serait plaint du bruit... A Osaka, devant le siège de Tepco, ils étaient deux mille sept cents manifestants. Et une nouvelle manifestation contre le nucléaire s'est déroulée le 7 juillet à Yoyogi Kouen (Yoyogi Park) à Tokyo. 

L’occupation du site de la centrale nucléaire d’Ôi (construite à proximité d'une faille sismique, et qui doit redémarrer) a commencé le 29 juin avec plusieurs centaines de manifestants. Un cordon de policiers a empêché l’accès aux bâtiments. Le dimanche 1er juillet 2012, malgré la pluie, des milliers d’opposants au redémarrage de cette installation se sont rendus sur le site pour manifester leur désaccord avec la politique gouvernementale de remise en activité des centrales.

Il est intéressant de savoir que ce genre de mouvements est complètement nouveau au Japon où les dernières manifestations de masse ont eu lieu dans les années soixante dix.

Enfin, des actionnaires de Tepco, ont engagé des poursuites judiciaires contre les dirigeants du groupe et réclament des indemnités record (cinq mille cinq cents milliards de yens, soit cinquante et un milliards d’euros). La plainte accuse vingt-sept dirigeants anciens ou actuels de Tepco d’avoir ignoré les avertissements répétés de spécialistes sur les risques liés à un tsunami et de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour y faire face.

> L'association étatsunienne NaturalNews en appelle aux Nations-Unies pour mener une action rapide. Une nouvelle pétition presse l'ONU d’organiser un sommet sur la sécurité nucléaire pour s’occuper du risque du réacteur numéro 4, et établir une équipe indépendante d’évaluation pour le stabiliser et empêcher son combustible de détruire toute vie au Japon ...et au delà.

Cette pétition est sur Avaaz vous pouvez signer en cliquant sur  ce lien : http://www.avaaz.org/fr/petition/Appel_urgent_pour_eviter_une_nouvelle_catastrophe_nucleaire_mondiale//?tta


> Sources : Fukushima Over-blog. http://fukushima.over-blog.fr/

Le Temps http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/d136191e-d211-11e0-853c-fef5cfe8192b/Fukushima_un_suivi_au_quotidien

Fukushima informations. http://www.scoop.it/t/fukushima-informations

Futura sciences. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/oceanographie-1/d/des-thons-rouges-peches-aux-etats-unis-contamines-par-fukushima_39034/

France.tv. http://www.francetv.fr/info/des-thons-rouges-contamines-par-fukushima-peches-en-californie_100477.html

Le Figaro sciences.  http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/04/02/01008-20120402ARTFIG00721-fukushima-les-courants-marins-ont-evite-un-desastre-en-diluant-la-radioactivite.php


> Lire dans gilblog :

Nouvelles de Fukushima un an après. (12 mars 2012)

Nouvelles de Fukushima, 2 octobre 2011.

Fukushima, le silence des médias. (1er septembre 2011)

Fukushima, France, aveuglement, imprévoyance et tromperie. (23 mai 2011)

À Fukushima trente ans d'accidents et de mensonges. (13 avril 2011)