Julian Assange : sept ans de mensonges des médias.

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La justice britannique examine depuis le 2 avril la demande d’extradition du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, par les États-Unis qui l’ont inculpé d’association de malfaiteurs en vue de commettre un “piratage informatique”. Un crime passible d’une peine maximale de cinq ans de prison. D’après les journaux, la procédure d’extradition en Angleterre pourrait durer dix huit mois. Mais les soutiens de Julian Assange redoutent qu’il fasse l’objet d’accusations supplémentaires une fois sur le sol américain et encoure la peine de mort. 

Sept années durant, à compter du moment où Julian Assange s’est réfugié pour la première fois à l’ambassade d’Équateur à Londres, les médias ont dit que nous avions tort, que nous étions des théoriciens du complot, des paranoïaques. On nous a dit et répété qu’il n’y avait pas de menace réelle d’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, et que tout cela n’était que le fruit de notre imagination enflammée.

Pendant sept ans, on a entendu une foule de journalistes, de politiciens et d’“experts” nous affirmer qu’Assange n’était qu’un fugitif face à la justice (“un justiciable comme les autres”, dit aujourd'hui encore Le Monde), et qu’on pouvait se fier aux systèmes judiciaires britannique et suédois pour régler ce problème en toute conformité avec la loi. Durant toute cette période, on n’a entendu aucune voix des grands médias (qui avaient fait leurs choux gras avec les révélations de Wikileaks) s’élever en sa défense.

Dès le moment où il a demandé l’asile, Assange a été traité comme un paria, un hors-la-loi. Son travail en tant que fondateur de Wikileaks – une plate-forme numérique qui, pour la première fois de l’histoire, a permis aux citoyens ordinaires de découvrir les recoins les plus sombres des coffres-forts les mieux gardés du plus profond des États profonds – a été effacé des registres.

Assange est passé du statut de figure importante de notre époque (un homme qui occupera une place centrale dans les livres d’histoire), à celui d'un simple parasite sexuel ayant violé les termes de sa libération conditionnelle.

La classe politique et les médias ont diffusé un récit de semi vérités sur les accusations d’abus sexuels pour lesquelles Assange faisait l’objet d’une enquête en Suède. Ils ont omis le fait qu’Assange avait été autorisé à quitter la Suède par le procureur initialement en charge de l’enquête, qui a finalement abandonné les accusations, et que celles-ci ont ensuite été ravivées par un autre enquêteur dont les idées politiques sont connues.

Ils n’ont pas dit qu’Assange a toujours été disposé à être interrogé par les procureurs suédois à Londres, comme cela s’était produit dans des dizaines d’autres affaires impliquant des procédures d’extradition vers la Suède. C’était presque comme si les fonctionnaires suédois ne voulaient pas tester les preuves qu’ils prétendaient avoir en leur possession.

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Les médias et les courtisans politiques ont sans cesse insisté sur la violation de la liberté conditionnelle d’Assange au Royaume-Uni, ignorant le fait que les demandeurs d’asile fuyant les persécutions juridiques et politiques n’honorent généralement pas les conditions de mise en liberté imposées par les autorités mêmes de l’État qui les menace.

Les autorités politiques et les médias ont ignoré les preuves grandissantes de l’existence d’un grand jury secret en Virginie qui formulait des accusations contre Assange, et ont ridiculisé les craintes de Wikileaks selon lesquelles l’affaire suédoise pourrait couvrir une tentative plus sinistre des États-Unis d’extrader Assange et de l’enfermer dans une prison de haute sécurité, comme ce qui était arrivé au lanceur d’alerte Bradley Manning (aujourd’hui encore, Le Monde persiste à qualifier de “fantaisiste” cette crainte d’extradition).

Ils ont minimisé l’importance du verdict de 2016 d’un groupe de juristes des Nations Unies selon lequel le Royaume-Uni “détenait arbitrairement” Assange. Les médias étaient plus intéressés par le bien-être de son chat.

Ils ont ignoré le fait qu’après le changement de Président en Équateur – le nouveau désirait ardemment gagner les faveurs de Washington –, Assange a été soumis à des formes de plus en plus sévères d’isolement. Il s’est vu refuser l’accès aux visiteurs et aux moyens de communication de base, violations à la fois de son statut de réfugié politique et de ses droits de l’homme, mettant en péril son bien-être mental et physique.

De même, ils ont ignoré le fait que l’Équateur avait octroyé à Assange le statut de diplomate, ainsi que la citoyenneté équatorienne. La Grande-Bretagne était obligée de lui permettre de quitter l’ambassade, du fait de son immunité diplomatique, pour se rendre sans entrave en Équateur. Aucun journaliste ou politicien “grand public” n’a jugé cette grave violation du droit international digne d’attention.

Ils ont fermé les yeux sur l’annonce qu’après leur refus d’interroger Assange au Royaume-Uni, les procureurs suédois avaient discrètement décidé de classer l’affaire sans suite en 2015. La Suède a gardé la décision secrète pendant plus de deux ans.

Ce fut une demande au titre de la liberté d’information effectuée par un allié d’Assange, et non un média, qui mit au jour des documents montrant que les enquêteurs suédois avaient bel et bien voulu renoncer à toute poursuite en 2013. Le Royaume-Uni avait toutefois insisté pour que ces derniers maintiennent leur histoire, afin qu’Assange puisse rester enfermé.

La plupart des autres documents relatifs à ces conversations sont restés inaccessibles. Ils ont été détruits par le Ministère public britannique, en violation du protocole. Mais évidemment, personne dans la classe politique et les médias ne s’en est soucié ou ému.

De même, ils ont ignoré le fait qu’Assange a été contraint de se terrer dans l’ambassade pendant des années, sous la forme la plus sévère d’assignation à résidence, alors même qu’il n’y avait plus aucune poursuite contre lui en Suède. Ils nous ont dit – apparemment très sérieusement – qu’il devait être arrêté pour infraction à sa liberté conditionnelle, ce qui serait normalement réglé par une simple amende.

Et ce qui est peut-être le plus flagrant, la plupart des médias ont refusé de reconnaître qu’Assange était un journaliste et un éditeur, même si ce faisant, ils s’exposaient à l’utilisation future des mêmes sanctions draconiennes si eux-mêmes ou leurs publications devaient un jour faire l’objet d’une telle censure. Ils ont approuvé le droit des autorités américaines de s’emparer de n’importe quel journaliste étranger, n’importe où dans le monde, et de l’enfermer à l’abri des regards. Ils ont ouvert la porte à une nouvelle forme spéciale de “rendition” (kidnapping et rapatriement extrajudiciaires) pour les journalistes.

En réalité, il ne s’est jamais agi de la Suède ou d’une violation de la liberté conditionnelle, ni même du récit discrédité du Russiagate, comme aurait pu s’en rendre compte aisément quiconque prêtait la plus vague attention à l’affaire Assange. Il s’agit avant tout de l’État profond américain faisant tout ce qui est en son pouvoir pour écraser Wikileaks et faire un exemple de son fondateur.

Il s’agissait de s’assurer qu’il n’y aura plus jamais de fuite comme celle de Collateral Murder, la vidéo militaire publiée par Wikileaks en 2007, qui montrait des soldats américains en train de célébrer leur assassinat de civils irakiens. Il s’agissait de faire en sorte qu’il n’y ait plus jamais de fuite de câbles diplomatiques américains, comme l’énorme masse de ceux qui ont été publiés en 2010, qui ont révélé les machinations secrètes de l’empire américain pour dominer la planète, quel que soit le prix à payer en termes de violations des droits de l’homme. Et Washington a pu compter sur la passivité, et même la complicité scandaleuses des gouvernements, hommes politiques et médias dominants.

A présent, les prétextes et faux-semblants n’ont plus lieu d’être. La police britannique a envahi le territoire diplomatique de l’Équateur – invitée à cela par l’Équateur, après qu’il ait retiré à Assange son statut de réfugié politique – pour le mettre clandestinement en prison. Deux États vassaux ont ainsi coopéré pour se plier aux caprices de l’Empire américain. L’arrestation n’avait pas pour but d’aider deux femmes en Suède ni de juger une infraction mineure touchant à une libération conditionnelle.

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Non, les autorités britanniques agissaient bel et bien sur un mandat d’extradition émanant des États-Unis. Et les accusations que les autorités américaines ont concoctées ont trait aux publications les plus anciennes de Wikileaks, qui ont révélé les crimes de guerre perpétrés par l’armée américaine en Irak – un sujet que nous, journalistes, nous sommes unanimement mis d’accord pour reconnaître d’intérêt public, et que les médias britanniques et américains s’étaient jadis enorgueillis de publier.

Pourtant, aujourd’hui, les médias et la classe politique ferment les yeux. Où est l’indignation face à tous les mensonges qui nous ont été servis durant ces sept dernières années ? Où sont la colère, la révolte et les remords pour avoir été si longtemps trompés ? Où est la fureur face au spectacle de la liberté de la presse la plus élémentaire – le droit de publier – saccagée pour faire taire Assange ? Où est la volonté d’enfin prendre la parole pour défendre Assange ?

Et c’est parce que ces journalistes, politiciens et pseudo-experts n’ont jamais vraiment cru ce qu’ils disaient. Ils ont toujours su que les États-Unis voulaient faire taire Assange et écraser Wikileaks à tout prix. Ils le savaient depuis le début et ils s’en moquaient. En fait, ils se sont entendus pour paver la voie au kidnapping d’Assange.

Ils l’ont fait parce qu’ils ne sont pas là pour dire la vérité, défendre les citoyens ordinaires, protéger une presse libre ou même faire respecter la loi. Ils ne se soucient pas de ça. Ils sont là pour protéger leur carrière et le système qui les récompense avec de l’argent et de l’influence. Ils ne veulent pas d’un parvenu comme Assange qui démasque leur imposture et sape leur fonds de commerce.

Maintenant, ils vont nous resservir une nouvelle série de tromperies et de distractions au sujet d’Assange pour nous maintenir sous anesthésie, nous empêcher d’être indignés alors même que nos droits sont taillés en pièces, et nous empêcher de réaliser que les droits d’Assange et les nôtres sont indissociables. Il faudra tenir bon ! 

> Jonathan Cook. “Julian Assange : sept ans de mensonges du système politico-médiatique et première extradition d’un journaliste”. Traduction de Sayed Hasan.

> Source. After 7 Years of Deceptions About Assange, the US Readies for Its First Media Rendition par Jonathan Cook- 12 avril 2019. https://www.unz.com/article/after-7-years-of-deceptions-about-assange-the-us-readies-for-its-first-media-rendition/

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