La Borne. Une institution, le café du père Rabouin.

Cyprien Rabouin

La naissance de Cyprien Eugène Rabouin a été enregistrée à Henrichemont le 16 septembre 1878. Il était le fils de Pierre Rabouin, cantonnier âgé de 44 ans, et de Modeste Guillaume, 38 ans. (acte du 17 septembre, en présence de Silvain Louis Germain, adjoint au maire).

Ayant des dispositions pour la musique, le jeune Cyprien Rabouin allait prendre des leçons de solfège et de violon chez Eugène Vilain, boulanger à Ivoy-le-Pré. Une distance de vingt kilomètres, aller et retour, qu’il parcourait à pied. On dirait aujourd’hui qu’il était ”motivé”… 

Marié en 1907 à Marie Pélagie Saunier, Cyprien Rabouin acheta un café comprenant une grande salle dont l’attraction était un billard situé au milieu ; Cyprien avait vingt-neuf ans et des idées. À cette époque, les cafés de La Borne étaient très fréquentés, et le café Rabouin ne tarda pas à grossir sa clientèle.

Outre les potiers, bûcherons et artisans locaux, c’était le rendez-vous habituel des conducteurs de tombereaux chargés de terre glaise extraite des trous à terre situés près la route de Morogues. Lors des livraisons à La Borne, on dit que les chevaux s’arrêtaient d’eux mêmes devant le café Rabouin, raconte Robert Chaton dans un de ses ouvrages. 

Les chasseurs aussi étaient des habitués et venaient y échanger le récit de leurs exploits. La plupart étaient des racontars, de gros mensonges dits avec une verve populaire de bon aloi. Les lièvres avaient des oreilles plus grandes que les autres, les lapins des culs blancs et les perdrix rouges étaient légion. Sans compter le lieuve de plus de neuf livres qui avait encore échappé au ”Pée Dinde”. Racontant l’aventure avec tant d’ardeur le bonhomme posa sans précaution son fusil sur le billard et, avant qu’on ait eu le temps de le désarmer, le coup partit dans le plafond. ”Le Dinde” était imbattable, sachant tout sur tout, ayant toujours un avis sur le sujet en débat, il n’était jamais à court d’argument. Il affirmait avec assurance que ”bin sûr l’iau bout à cent degrés, mais si tu veux qu’ça bouille bin bramment, faut bin au moins cent dix degrés” !

Café-Rabouin-La-Borne

Le café Rabouin servait aussi pour les réunions électorales et autres rendez-vous politiques. Émile Lerat, militant communiste de Saint-Satur, était très populaire; excellent orateur, homme passionné, il faisait salle comble, ajoute Robert Chaton.

Les tables et les chaises réalisées par un menuisier local en 1915 sont toujours dans la grande salle de nos jours. Mais la grande attraction, et pas des moindres, fut l’ajout d’une salle de bal au café. La salle est toujours là, elle aussi.

Là, monté sur une estrade étroite, Cyprien Rabouin exerçait avec ardeur ses talents artistiques, faisant tournoyer la jeunesse du village et des environs dans des danses bien enlevées. Il y faisait bal le dimanche tous les quinze jours en alternance avec un autre café tenu par '”la brune” (Joséphine Bernon épouse Denis Foucher)... Les jours carillonnés, Cyprien Raboin se faisait aider par d’autres musiciens comme Chenu dit “Le caporal” qui jouait de la clarinette, Vaulerin à l’accordéon un gars de La Borne lui aussi et Theme qui venait d’Henrichemont. 

Écoutons les souvenirs d'Yvonne Rabouin épouse Buffet (elle avait 82 ans quand Jean Landois prit ces notes) : 

"Mon pée, il avait un cahier pour châque instrument; châque musicien il’tait d'vant son pupîte !" Et d’ajouter: - "El dimanche souèr , su' l'coup d'sept heures, el T ... , qu'atait pâtissier à Henrich'mont, y s'am'nait anvec son pagnier rempli d'gâtiaux : des cornets à la creume, des p'tit's tartélettes. Mon pour mossieu, il arrivait toujous saoul; i' peuvait somment pûs marcher. .. Pis, c'est pas déjà tout; c'est qu'i' bavait su' ceux gâtiaux; i' bavait tell'ment qu'les jeun's gens i's v'laint pâs en ach'ter; ça les dégoûtait ! ... 

Au bal, mon pée i' jouait un quadrille entraînant: La Fille de Madame Angot. La jeunesse a dansait la Polka du bâton: à châqu' coup d'bâton, on changeait d'cavaliée. Pour fini' l'bal, ça dansait la bourrée. A la fin du bal, dans la sal' dé café, les jeun's y réclamaint encore én' bourrée; et pis ça r'dansait qué d'pûs belle; et pis ça chantait les airs du moument : Frou trou, Viens Poupoule, La Tonkinoise, Mariette ... Mon Dieu ç'atait ti gai! ... 

Quand qu'ç'atait l'anniversaire d'un garçon, ses copains y li souhaitaint; pis y d'mandaint à ma mée d'ieu fé' des côt'lett's dé porc qu'a prénait cheu l'vouésin qu'atait boucher. Y les mangeaint su' la grand' tab' dé la cuisine, en beuvant du sauvignon d'Morogues... J'vous jur' qué les gens ils taint pâs riches, mais dans ceux mouments-là y savaint s'donner du bon temps! ... 

Quand qu'y' avait un mariage, mon pée i' partait anqu' son viélon sous l'bras tant qu'à la Maison du garde, pis là, il attendait qu'la noce a r'vén' d'Henrich'mont. Y prénait alors la têt' du cortèg' qui rentrait en musiqu' dans l' village. 

A tabe, y chantait pâs ; mais dame, y racontait des monologues, des histouèr's rigolotes. Il’tait tell'ment gai; un vrai boute-entrain ! ... 

Cesar-Symposium copie

On peuvait pâs s'pâsser d'lui. Jeun's coumm' vieux y r'chorchaint toujous sa compagnie ... Au bistrot' y l'app'laint tous Chef, "Allez, chef, sarvez-nous don' én' tit' chopine!" Sans compter qu'il a été conseiller municipal d'Henrich'mont pendant pûs d'trente ans. C'atait un peu l'mair' dé La Borne ... C'pour homme, il est mort cheu nous, icite, à Neuilly-en-Sancerre, en septembre 1955 !"" 

Puis le café devint le rendez-vous des potiers ”modernes”. André Rozay et bien d’autres venaient y étancher leur soif et bavarder. Quelques années plus tard, sur une photo prise lors du premier symposium de 1977, le sculpteur César en personne était assis au café Rabouin devant un verre de Menetou. L’histoire continue…

> Illustrations de haut en bas. Cyprien Rabouin par André Rozay. Le café au début du siècle, carte postale ancienne. Apéro pendant le symposium de 1977, César est le troisième à droite.

> Sources : ”La belle époque à Henrichemont” Par Jean Landois. Sur un musicien de La Borne: l'pée Rabouin”, témoignage de Yvonne Buffet-Rabouin.
Mon village en Haut Berry”, souvenirs de Robert Chaton. Éditions Christian Pirot.


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