Louis Rossel, rue de la cage verte.  Les communards des rues de Bourges (6).

Louis Nathaniel Rossel, colonel du génie, chef d’état-major sous la Commune. Fils de Louis Rossel, colonel, officier de la Légion d’honneur, et de Sarah Campbell. Né le 9 septembre 1844 à Saint-Brieuc.

À Bourges, Louis Rossel habite rue d’Auron (déjà citée précédemment), puis rue de la Cage Verte. À l’origine, la rue de la Cage verte était un simple chemin reliant le Petit-Palais du Duc Jean de Berry à la cathédrale Saint Étienne. La voie prit le nom de l’auberge de la Cage verte, qui y était installée depuis 1502, mais la malice populaire lui donna aussi le nom de rue gratte-couilles (vicus gratii cursi), à cause des orties qui y poussaient. Cependant la rue de la Cage verte a conservé son nom jusqu’à nos jours. 

Louis Nathaniel Rossel est un personnage singulier de la Commune de Paris. Mû par le patriotisme le plus pur, il veut prolonger la lutte contre les prussiens et refuse la défaite. Il n’a pas trente ans lorsqu’il est condamné à mort et fusillé par les versaillais après une carrière fulgurante et mouvementée. Une belle figure romantique et tragique sujet d’une remarquable biographie par Édith Thomas, et dont l’histoire a été portée au cinéma. Ce personnage hors du commun a été affecté à Bourges en 1869 et 1870.

Biographie-par-Édith-Thomas

Louis Nathaniel Rossel naît en Bretagne où son père tient garnison. Ses études varient selon les affectations de son père (Mâcon, Saint-Brieuc, Nîmes). Il entre à onze ans au Prytanée de la Flèche pendant que son père est en Crimée. Brillant élève, il est admis à dix-huit ans à l’École polytechnique et en sort remarqué. Ses chefs le disent intelligent, sévère, bien élevé, et notent chez lui une aptitude particulière aux langues ainsi qu’une forte personnalité. Il est nommé sous-lieutenant à Metz, en 1864, et suit l’enseignement de l’école du Génie. 

À la veille de la guerre, Louis Rossel est capitaine, membre de l’état-major du Génie à Bourges de 1869 à 1870. Il habite d’abord une chambre rue d’Auron (”pour vingt-cinq francs”), puis rue de la Cage verte (“un salon, une chambre et une espèce de cuisine”). “Les habitants de Bourges ne sont pas très gais et les étrangers en général trouvent la ville triste”, écrit-il. Il fait des visites de courtoisie, il est invité à tous les bals, il est fort remarqué par les demoiselles, il est présenté à une fille Pillivuyt (“un nom de moineau”) mais il ne tombe pas sous son charme. Il travaille assidument sur un projet de nouvelle caserne. Il est bien noté par ses supérieurs.Il connaît bien tous les travaux, notamment ce qui concerne les mines, il dessine fort bien, il monte convenablement, “c’est un officier instruit et très bien doué sous le rapport du zèle”. Le 31 décembre 1869, il conclut l’année avec un peu de mélancolie “Si je découvrais quelque moyen d’employer mon activité et d’être utile à la société et à moi-même, cela me ferait grand plaisir”…

Rossel

En 1870, il fait campagne dans l’armée de Bazaine et travaille aux fortifications de Metz. Il organise une sortie le 28 octobre, mais il est fait prisonnier avec ses compagnons. Il s’évade pour rejoindre la France, par Luxembourg, Bruxelles et l’Angleterre et rejoint le gouvernement de la Défense nationale pour se mettre au service de Gambetta et participer à la résistance à l'envahisseur. 

Chargé par de Freycinet d’une mission à l’armée du Nord, il regagne le Centre et organise le camp de Nevers avec le titre de colonel du Génie. 

Bouleversé par l’armistice, il accourt à Paris le 20 mars 1871. Il écrit au ministre de la guerre : “j’ai l’honneur de vous informer que je me rends à Paris pour me mettre à disposition des forces gouvernementales qui peuvent y être constituées. Instruit par une dépêche de Versailles rendue publique aujourd’hui, qu’il y a deux partis en lutte dans le pays, je me range sans hésitation du côté de celui qui n’a pas signé la paix et qui ne compte pas dans ses rangs de généraux coupables de capitulation”

Quelques jours plus tard, la dix-septième légion de la Garde nationale le met à sa tête, puis il est nommé chef d’état-major au ministère de la Guerre le 3 avril. “En haine de ceux qui ont livré ma patrie, en haine du vieil ordre social, je suis venu me ranger sous le drapeau des ouvriers de Paris. J’ignore ce que sera l’ordre nouveau du socialisme; je l’aime de confiance. Il vaudra toujours mieux que l’ancien”.

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Il entretient des relations parfois orageuses avec le comité central qui siège à l’Hôtel de Ville. Désireux de rétablir la discipline militaire, il accepte la présidence de la Cour martiale et s’emporte contre l’inefficacité de la Commune, ou l’activité trop verbale de Félix Pyat. Il se dépense sans compter pour unifier le commandement, organiser la défense et l’artillerie, réquisitionner des chevaux. Il établit des règles de combat très strictes, dont la violation est passible de la peine de mort. La troupe gronde, le Comité du dix-septième arrondissement le fait arrêter un instant pour sa rigueur, mais c’est lui-même qui démissionne avec éclat parce que ses ordres ne sont pas suivis.

Le 30 avril, la Commune, qui apprécie ses qualités, le nomme délégué à la Guerre en remplacement de Cluseret. Mais, les moyens sont insuffisants et l'armée des communards n'est guère formée à se battre… Il annonce dans un communiqué laconique la prise du fort d’Issy par les versaillais, dont la défense lui a été confiée. La Commune le fait alors arrêter, mais il s’enfuit et se cache sous un nom d’emprunt. Il ne prend aucune part aux combats de la Semaine sanglante. 

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Il est arrêté le 8 juin par la police versaillaise, suite à une dénonciation. Il est traduit devant le 3e conseil de guerre, mais sa condamnation est annulée car il ne serait pas coupable de “désertion à l’ennemi”, mais de “rébellion armée”. Il est condamné le 7 octobre 1871 à la peine de mort. Une campagne inattendue, au vu des circonstances, se déclenche en sa faveur, manifestations d’étudiants, articles dans la presse. On le présente comme un patriote pur et dur, une sorte de Saint-Just, qui a osé blâmer les actes de la Commune et a été arrêté par elle. Mais le gouvernement de Thiers a besoin d’un exemple, sa grâce est refusée le 26 octobre 1871. Louis Rossel est fusillé à l’âge de vingt-sept ans, au camp de Satory à Versailles, après la dégradation militaire, le 28 novembre 1871.
La veille de son exécution, il déclare : “Si des officiers courageux et patriotes se courbaient devant des exigences indignes, acceptant la fuite, la capitulation, ce n’était pas par crainte de la mort, mais par crainte du déshonneur. Vous n’aurez plus désormais cette ressource : j’aurai appris à tous qu’il y a des jours où un soldat discipliné et fidèle doit désobéir et peut désobéir sans se dégrader”.

Louis Rossel a été inhumé le 30 novembre 1871 au cimetière protestant de Nîmes.

> Illustrations de haut en bas. Louis Rossel par Félix Vallotton. Biographie par Édith Thomas. Photo-portrait d’époque. Les communards des rues de Bourges, cliquez pour agrandir le plan. Exécution de Rossel, extrait du film de Jean Prat-INA.

> Lire dans gilblog : Parcours des communards de Bourges. 150e anniversaire de la Commune de Paris.  >>> Lien.

> Sources. Édith Thomas, Rossel. Éditions Gallimard. 
Histoire des noms des rues de Bourges, par Roland Narboux. Éditions CPE.
Bourges pas à pas, par Georges Richet. Éditions Horvath.
La Commune et les communards du Cher, par Jean-Pierre Gilbert. L’Alandier.




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