Amitié en musique. Julien Porcher, communard Vierzonnais.

Goguettiers par Daumier 2

Je vais vous parler aujourd’hui de Julien-Étienne Porcher, à la fois professeur de musique et cafetier. Né à Vierzon-Ville le 30 septembre 1831, il est le fils de Julien Porcher, tisserand (opposant à Napoléon III), et de Brigitte Desfossés. Marié le 17 septembre 1855 avec Pauline, Anne Simone Fauveau (1831-1881) dont il aura trois enfants, Julien Porcher fils est directeur de l’Orphéon de Vierzon. Musique et politique semblent avoir fait bon ménage dans cette ville, en effet, Porcher est contemporain des frères Okolowicz (eux aussi communards surnommés ”les musiciens soldats”), dont le père est maître de musique à Vierzon. Je vous en parlerai une prochaine fois.

En 1864, Julien Porcher organise un concert au bénéfice des victimes de l'incendie de Limoges (“Julien Porcher au violon "un artiste distingué" “une habileté au-dessus de tout éloge" écrit Le Courrier de Bourges du 11 septembre 1864). Depuis 1857 (il est alors âgé de 26 ans), il compose et publie régulièrement des partitions chez différents éditeurs de musique parisiens.

Il est élu conseiller municipal de Vierzon-Ville en 1860 et en 1870. En soutien à la Commune de Paris, il prend part à la manifestation de la nuit du Jeudi Saint en avril 1871 à la gare de Vierzon avec Armand Bazille et cent à deux-cents porcelainiers, rassemblés pour empêcher le passage du train transportant des soldats pour l’armée versaillaise.

Peu après, Porcher se rend à Lyon en compagnie d'un autre conseiller municipal socialiste, Hector Touttain, cousin germain d'Edouard Vaillant. Leur mission est de se joindre aux Lyonnais pour une médiation entre les communards parisiens et le gouvernement de Thiers. Comme les multiples tentatives de conciliation qui se succèdent à ce moment, celle ci échoue devant l’intransigeance de Thiers.

Le 30 avril 1871, de nouvelles élections municipales ont lieu dans toute la France. À Vierzon-Ville, ces élections voient le triomphe de la liste "rouge", menée par Porcher et Touttain ; elle emporte dès le premier tour, les 23 sièges du Conseil de Vierzon-Ville. Il faut dire que la liste a du panache, puisque Félix Pyat, membre de l'exécutif de la Commune, tribun et auteur de théâtre célèbre, est placé en tête de liste par les radicaux vierzonnais.

Après la Semaine sanglante, la municipalité "communeuse " reste en place mais subit les tracasseries du gouvernement versaillais. Julien Porcher, toujours conseiller municipal se replie sur son café. Réélu lors des élections municipales de 1874, il est suspendu en 1875 par le gouvernement monarchiste avec l'ensemble du Conseil de Vierzon-Ville.

Vierzon il y a 150 ans - copie

En 1878, la petite entreprise dont il est gérant fait faillite, et il part à Paris pour fuir ses créanciers. Il trouve un emploi de musicien et se consacre à la musique jusqu’à la fin de ses jours. Est-ce à cette période de sa vie qu’il met en musique plusieurs chansons du communard Emmanuel Delorme (berrichon lui aussi) ? Décédé en 1896 à Paris 14e, à l'âge de 65 ans, Julien Porcher repose au cimetière Montparnasse.

L’historien Alain Pauquet a consacré plusieurs pages des Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry à Julien Porcher et à son ami Moïse Resmond sous le titre ”Chanson et politique sous le second empire à Vierzon”. C’est cet autre aspect de la personnalité de Julien Porcher que je résume maintenant en empruntant à Alain Pauquet.

L’activité de Julien Porcher compositeur de musique connait deux périodes principales; la première va de 1857 à 1866 et l’autre de 1879 à 1896. Ses compositions sont publiées par des éditeurs de musique parisiens. Il met de nombreuses fois en musique les textes de son ami Moïse Resmond et parfois ceux d’Armand Bazille.

Moïse Resmond, nait en 1822 à Vierzon-Ville, il est patron menuisier, marié, il a un fils. Sur le plan politique, il partage les opinions républicaines de son père (emprisonné pour ses opinions), comme le prouve son engagement à partir de 1878 avec les radicaux. Notre menuisier s'essaye à la composition poétique, mais on n’a retrouvé de lui que trois œuvres, des poèmes mis en musique par Julien Porcher publiés sous le nom de romances, en 1860, 1863 et 1879. 

Citons comme témoignage des affinités artistiques que Julien Porcher entretient à Vierzon, la soirée du cercle lyrique du 12 décembre 1866 où l’on chante la romance ”Aimez vous” écrite par Resmond sur une musique de Porcher, puis un morceau pour piano et violon interprété par Julien Porcher et mademoiselle Okolowicz, fille du maître de musique vierzonnais.

La Bibliothèque Nationale conserve 25 œuvres de notre musicien amateur, des partitions qui se répartissent de 1857 à 1866 avec 12 œuvres publiées (dont deux sur des paroles de Moïse Resmond, et de 1879 à 1900 (avec 13 œuvres). Entre les deux, il s’engage dans une intense activité politique, résumée plus haut.

Chantres-en-goguette-recadré

Porcher participe en 1872 à la fondation d’un "Cercle de l'Industrie", rassemblant une trentaine d'artisans et de petits commerçants. En bas de la demande d'autorisation adressée au Préfet, on retrouve sa signature avec, tout à côté, celle de son ami Moïse Resmond. Il est certainement l'âme de ce Cercle, car les statuts prévoient que les réunions se tiennent dans la salle du café dont Porcher est propriétaire. Le Cercle est autorisé; son but est officiellement "littéraire" : son programme annonce la lecture des journaux, la fondation d'une bibliothèque et des "causeries scientifiques, industrielles et agricoles”. Mais parallèlement, des réunions musicales à caractère plus informel se déroulent dans le café. Il est probable que Julien Porcher y anime une sorte de "goguette", c'est-à-dire une société chantante et populaire comme il y en avait à Paris. C'est ce que suggère la création, en 1873, d’une "Société chorale et instrumentale des verriers de Vierzon", orphéon composé d'ouvriers dont le café Porcher semble être le lieu de réunion. On imagine volontiers Resmond y chantant ses textes et Porcher l'accompagnant au violon ou dirigeant l'orchestre. 

courrier Bourges 16-12-1866-agr

Mais Julien Porcher ne met pas en musique les seules œuvres de Moïse Resmond. Les contacts qu'il a avec d'autres paroliers, le fait qu'il publie à Paris, les relations qu'il a à Lyon en 1871, tout cela montre que l'éventail de ses relations amicales et professionnelles est large. Par l'intermédiaire de Porcher, Moïse Resmond, l'artisan poète est inséré dans un réseau à la fois esthétique et politique. Alain Pauquet  en donne deux exemples. 

À Vierzon même, Julien Porcher a un autre parolier, il s'agit d'Armand Bazille. Industriel homme politique et maire. Bazille écrit aussi de la poésie. En 1865 il écrit une" élégie" mise en musique par Julien Porcher. Il s'agit d'une œuvre de "bienfaisance ", puisqu'elle est offerte au " Comité de secours de Royan pour les victimes du 30 juin 1865 ". Intitulée Mer et terre, souvenir de Royan 12 juillet 1865, cette chanson relate un naufrage survenu dans cette station balnéaire.

Aux idées politiques qui rapprochent Resmond, Porcher et Bazille il s’ajoute donc une affinité esthétique. Autant de liens qui se concrétisent au cours de réunions privées et familiales, comme le prouve le contenu de La primevère, romance dédiée à la fille d'Armand Bazille. Au-delà de ce dernier, c'est aussi avec Félix Pyat que nos deux "chansonniers" sont liés, un Félix Pyat homme politique, mais en même temps temps écrivain et auteur dramatique renommé.

Armand Bazille est aussi l’auteur d’un hommage à sa ville : J’aime Vierzon, vieille cité des Gaules /Ses coteaux verts et ses toits au midi/J’aime à ses pieds les rios et les saules /Le peuplier sur la rive grandi./J’aime le Cher, pur cristal qui s’élance /Vers l’horizon où mon rêve le suit…

> Illustrations, de haut en bas. Dessin d’Honoré Daumier. Vue ancienne de Vierzon. Feuillet d’une chanson populaire. Lettre de Julien Porcher au “Courrier de Bourges”, cliquez sur limage pour pour l'agrandir.

> Sources. ”Le Courrier de Bourges”. Archives municipales de Vierzon. ”Chanson et politique sous le second empire à Vierzon”, Alain Pauquet, Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry. Archives départementales du Cher. Dictionnaire Maitron.

 Gilblog La Borne mon village en Berry, est un blog de clocher, un cyberjournal d’expression locale et citoyenne. Dans gilblog, lisez des nouvelles de La Borne et du Berry en mots et en images, pages vues sur le web, citations, dico berrichon, coups de gueule et coups de coeur. Tout ça est éclectique, sans prétention et pas toujours sérieux, mais gilblog est amical avant tout. Gilblog, un site web fait à La Borne et réalisé entièrement à la main sur Mac, avec l'excellent  logiciel SandVox. © Photos Marie Emeret & JP Gilbert. © Textes et dessins JP Gilbert. Cartes postales anciennes: collection JP Gilbert. Vignettes : Dover éditions. Toute image ou contenu relevant du droit d’auteur sera immédiatement retiré(e) en cas de contestation. Les commentaires sont les bienvenus sur ce site. Les avis exprimés ne reflètent pas l'opinion de gilblog, mais celle de leurs auteurs qui en assument l’entière responsabilité. Tout commentaire vulgaire ou injurieux, ne respectant pas les lois françaises, tout billet insultant ou hors sujet, sera automatiquement revu ou rejeté par le modérateur, ainsi que les messages de type SMS et ceux des trolls. Conformément à la loi, votre adresse IP est enregistrée par l'hébergeur.