Quand le chansonnier berrichon Emmanuel Delorme écrivait une première Internationale.

1-l'Internationale Delorme

“L’Internationale”, on sait que ce n’est que tardivement qu’elle est devenue l’hymne universel du mouvement ouvrier (et au delà). La tradition veut que Pottier l'ait écrite en juin 1871, mais elle est sauvée de l'oubli par le chansonnier Gustave Nadaud et publiée pour la première fois en 1884. La musique est composée par Pierre Degeyter en 1888, et sa partition éditée en 1889. À partir de 1904, l’Internationale, ce chant créé par deux français, utilisé pour le congrès de la deuxième Internationale à Amsterdam, deviendra au cours du vingtième siècle, le chant le plus célèbre du mouvement ouvrier dans tous les pays du monde. 

Mais avant cette version, il existait déjà bien d'autres chansons intitulées l’Internationale, écrites en hommage à L'Association internationale des travailleurs (AIT, nom de la Première Internationale, fondée le 28 septembre 1864 à Londres). Citons la “Marseillaise de l’Internationale", écrite par Amédée Buret pour le Congrès de Bâle de 1869, “L’Internationale", oeuvre d'un militant belge qui signait Populus, publiée à Liège en 1870, le “Chant de l’Internationale", dû à trois “professionnels” de la chanson, P. Burani, A. Isch-Wall, pour les paroles, A. Louis, pour la musique (ils appartenaient pendant la Commune de 1871 à la Fédération des Artistes), chanson qui avait un certain succès dans les concerts publics donnés pendant la Commune. 

café communards Genève

Enfin, il y a “l’Internationale”, créée à Genève par le chansonnier berrichon Emmanuel Delorme. C’est pendant l’automne de l'année 1871, qu’Emmanuel Delorme (au début de son exil en Suisse, en même temps qu’un millier environ d’autres communeux) écrit  son “Internationale”. Commandant de la Garde nationale fédérée pendant la Commune, il a échappé à la répression versaillaise (mais sa carrière de chansonnier est bien compromise.…). Les communeux exilés en Suisse se réunissent dans des cafés, comme à Genève le café du Levant, ils y débattent, échangent des nouvelles et chantent ou écoutent des chansons de circonstance, dont celles de Delorme. L’Internationale de Delorme devient ensuite “La République sociale” pour que son titre échappe à la censure, écrit l’historien Jean Varloot.

Cette gravure de 1872 parue dans Le Monde illustré, (cliquez pour l’agrandir) montre le lieu de rencontre qu’est alors le café du Levant, connu de tous, y compris des journalistes, des espions et de la police. Le café est bondé de personnages souvent barbus, discutant par petits groupes parmi lesquels Jules Guesde, Gustave Lefrançais et Jules Miot (anciens élus du Conseil de la Commune), le cordonnier Napoléon Gaillard (connu pour son rôle dans la construction des barricades), le peintre Noro (commandant du 22e bataillon fédéré), Andignoux (membre du Comité central de la Garde nationale) …etc.  Emmanuel Delorme ne peut  figurer sur l'image puisque cette même année il a quitté Genève et vit à Lausanne….

… Mais, quelques trente ans plus tard, c’est le texte de Pottier enfin mis en musique par Degeyter qui commence à s’imposer et a faire le tour du monde. 


L’Internationale / La République sociale, Emmanuel Delorme (1871). [Musique : sur l'air de L'Ame de la Pologne]


Refrain :

La Loi pour tout homme, est égale 
Et, "Produire !" est la loi fatale :
Le Congrès des Peuples signale
La marche à suivre aux Travailleurs.
Au Travailleur,
Pauvre Tantale !
Levant sa tête martiale… 
L’Internationale 
Propose un avenir meilleur.


Quand le Travail produisant pour les maîtres 
Se vit enfin condamné par ces gueux 
Et condamné par d’autres gueux, les prêtres, 
Il dit : Debout ! Plus de travail pour eux ! 
Alors faisant porter la faute d’Eve 
Aux imposteurs qui s’en étaient nourris, 
La faim muette organisa la grève 
Malgré repus, mouchards, menaces, cris.

Refrain.

Ceux qui gaiement passaient la vie en fêtes
Quant au soleil sortit le noir Creuzot
De Buzançais ayant coupé trois têtes
Parlementaient à coups de chassepots ;
Honte sur vous, soldats, dont la tunique 
Entre un cadavre et le maître passant : 
Reçut de l’un une marque cynique 
Et du cadavre une tache de sang !

Refrain.

Ils ont ligués vendus, ventrus, vampires, 
Fabricateurs de devoirs et de lois, 
Faiseurs d’armée et bénisseurs d’empires, 
Violateurs de serments et de droits : 
Ah ! Peuple ! ils t’on fait monter ton Calvaire ! 
Comme à tes pieds tu brisas tous les rois, 
Toi, qui brisas un Pape comme verre, 
Sont rois, patrons ; et sont papes, bourgeois.

Refrain.

Deshérités que le travail rassemble 
Serrons les rangs contre nos meurtriers ; 
Nous ne serons Force, que tous ensemble ; 
Qu’ensemble on voie enfin les ouvriers ! 
Et puisqu’après avoir saigné les villes, 
Les exploiteurs voudraient manger les champs, 
Qu’on voie enfin dans nos luttes civiles 
Aux ouvriers s’unir les paysans !

Refrain.

Accourez tous, voici la sainte guerre : 
Le paysan embrasse l’ouvrier ; 
Le sol est pour qui cultive la terre ; 
Pour qui façonne est enfin l’atelier ; 
Et les produits sont tous pour la famille 
Du Travailleur sur sa tâche penché. 
L’or, plus n’arrache, à la mère, la fille ;
Plus, par la loi, le fils n’est arraché.

Refrain :

La Loi pour tout homme, est égale 
Et, "Produire !" est la loi fatale :
Le Congrès des Peuples signale
La marche à suivre aux Travailleurs.
Au Travailleur,
Pauvre Tantale !
Levant sa tête martiale… 
L’Internationale 
Propose un avenir meilleur.


> Lire dans gilblog : Emmanuel Delorme, berrichon, chansonnier et communeux. >>> Lien.
> Voir AsileuropeXIX. Les réfugiés de la Commune de 1871 au café du Levant à Genève, image et liste des personnages historiques. >>> Lien.



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