Le déberdinoir de Saint Menoux.

1-St-Menoux-deberdinoire

À La Borne, lors de la veillée du 15 février 2019, consacrée à Berlaudiot, on a évoqué les  mots de berdin, berda, bordiniau, baziot, bedouillon, berlu, beurdin, berlaud, berlaudin, berlais, berda, bigorniau… et le mot berrichon fameux de déberdinoir. Le déberdinoir (ou la déberdinoire) se trouve à Saint Menoux, c’est là que s’opère le miracle qui rend l’esprit aux beurdins….

Selon une légende du septième siècle, Menulphe, un prêtre irlandais évêque de Quimper revient d’un pèlerinage à Rome. Fatigué et malade il s’arrête au village de Mailly sur Rose, tout près du Berry, et s'y installe pour passer ses vieux jours en ermite. 

1-Saint-Menulphe-saintMenouxBerdin-de-saint-Menoux-3

Sa réputation de faiseur de miracles se répand et on vient des alentours pour recevoir sa bénédiction. Il finit par rendre le dernier soupir un 12 juillet du même siècle (mais comme le calendrier des postes n’avait pas été inventé, l’année est inconnue). Durant son séjour, un nommé Blaise, un simple d’esprit (un berdin en bon parler berrichon) est devenu son bâton de vieillesse. À la mort de Menulphe, Blaise, au désespoir, se couche sur le cercueil en refusant de le quitter. Finalement, il peut continuer à voir la dépouille du bon ermite en passant sa tête dans dans un trou pratiqué dans  le sarcophage. La légende dit qu’il y passait des jours et des nuits à prier et à parler avec son protecteur. Un beau jour, Menulphe fait un nouveau miracle et Blaise arrête sa pieuse fréquentation, le berdin était devenu intelligent ! 

L’annonce du miracle se répand et de nombreuses familles viennent à Mailly sur Rose (aujourd’hui Saint Menoux) avec leurs berdins, leurs parents à l’esprit tourmenté ou leurs fous, pour les faire déberdiner. Pour cela, il faut passer la tête dans le trou ménagé pour Blaise dans le sarcophage. Et voila que les miracles se reproduisent et attirent la foule des pèlerins, la dépouille du saint devient célèbre pour sa faculté de rendre l’esprit aux berdins. D’où le mot de déberdinoir ou déberdinoire. 

Saint-Menoux-eglise

Au dixième siècle, le village est renommé Saint-Menoux en l’honneur du saint et une abbaye de bénédictines est créée pour accueillir les pèlerins. L’évêque de Bourges, Dagbert, se rend à Mailly les Roses et organise la translation des restes du saint dans l’église. Le corps est installé dans un sarcophage de pierre dont l’ouverture dans le côté droit permet aux fidèles d’approcher les reliques et de vérifier leur présence. 
Puis une nouvelle église, de style roman bourguignon est édifiée au douzième siècle. C'est là, derrière l'autel, que se trouve toujours le sarcophage de Saint Menoux. Il contient encore une partie des reliques, visibles par des rosettes ajourées. Juste à côté, des ex-voto expriment les remerciements des familles des miraculés.

Et ce n’est pas tout ! Le déberdinoir, de Saint-Menoux ajoute une légende à sa légende : il faut faire très attention de ne pas toucher les bords du trou en passant sa tête. On dit que ceux dont le crâne touche le bord du trou ramassent toute la folie de ceux qui sont passés avant. Il vaut mieux bien viser !

Mais pourquoi dit-on déberdinoir à Saint Menoux, qui est dans l’Allier ? Tout bonnement parce que la carte linguistique du berrichon est très étendue et déborde largement de l’ancienne province historique, bien au delà de l’Indre et du Cher. Le parler berrichon était celui de la moitié de l’Allier, de la moitié de la Nièvre, d’un tiers du Loir-et-Cher et d’un bout du Loiret, sans oublier le lochois où l’on parlait aussi berrichon. Dans le Bourbonnais, on parlait le “bourbonnais d’oïl” qui est le berrichon de l’Allier.
Dans les prospectus locaux on écrit debredinoir, mais en parler berrichon on prononce déberdinoir, c’est bin connu. On peut dire aussi déberdinoire, ou debeurdinoir ou encore débeurdinoire ; féminin, masculin, tout ça c’est du parler berrichon.


> On dirait que Saint Menoux a fait rayonner l’intelligence bien au delà de sa paroisse…. Au dix neuvième siècle, Prosper Mérimée (inspecteur général en chef des Monuments historiques) qui passait par là en 1840, a fait classer les monuments La Charité sur Loire au titre des Monuments historiques. Il a également sauvé l'église de Saint Menoux en la classant, obtenant ainsi les crédits nécessaires à sa restauration. 

 loufoquerie théâtralen un monologuGilblog La Borne mon village en Berry, est un blog de clocher, un cyberjournal d’expression locale et citoyenne. Dans gilblog, lisez des nouvelles de La Borne et du Berry en mots et en images, pages vues sur le web, citations, dico berrichon, coups de gueule et coups de coeur. Tout ça est éclectique, sans prétention et pas toujours sérieux, mais gilblog est amical avant tout. Gilblog, un site web fait à La Borne et réalisé entièrement à la main sur Mac, avec l'excellent  logiciel SandVox. © Photos Marie Emeret & JP Gilbert. © Textes et dessins JP Gilbert. Cartes postales anciennes: collection JP Gilbert. Vignettes : Dover éditions. Toute image ou contenu relevant du droit d’auteur sera immédiatement retirée en cas de contestation. Les commentaires sont les bienvenus sur ce site. Les avis exprimés ne reflètent pas l'opinion de gilblog, mais celle de leurs auteurs qui en assument l’entière responsabilité. Tout commentaire vulgaire ou injurieux, ne respectant pas les lois françaises, tout billet insultant ou hors sujet, sera automatiquement revu ou rejeté par le modérateur, ainsi que les messages de type SMS et ceux des trolls. Conformément à la loi, votre adresse IP est enregistrée par l'hébergeur.